Évolution des essais cliniques pour dispositifs médicaux (partie 2)


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Remarque
: cet article est le second d'une série en deux parties consacrée à l'analyse, par l'expert en conformité et réglementations David R. Dills, de l'état des réglementations relatives aux dispositifs médicaux, tendances d'examens cliniques et défis spécifiques à ce secteur. Vous pouvez lire la partie 1 ici.




La conclusion de cette série sur le monde dynamique des essais cliniques se concentre sur les six domaines principaux du secteur :

  • L'importance vitale de la cohérence des données réglementaires ;
  • Le caractère essentiel de la fiabilité des preuves cliniques ;
  • L'adaptation à l'environnement des enquêtes cliniques ;
  • Les approches modernes des enquêtes cliniques sur les dispositifs médicaux ;
  • L'état de la conformité aux réglementations ;
  • L'anticipation des tendances à venir en termes d'essais cliniques liés aux dispositifs médicaux.

Cohérence des données réglementaires : élément indispensable aux environnements cliniques

Les directives de la FDA « Human Subject Protection: Acceptance of Data from Clinical Studies for Medical Devices FAQ » ont été développées dans le but de promouvoir l'uniformité mondiale des données d'essais cliniques, tout en assurant la protection des participants humains. Selon la dernière règle citée dans le Registre Fédéral des États-Unis, l'agence « Grâce à l’emploiestime que les exigences relatives à l'acceptation par la FDA des données issues d'études cliniques doivent être cohérentes quel que soit le type de soumission ou d'application dans lequel les données sont soumises à la FDA.« Grâce à l’emploi Motivée par des incohérences troublantes dans les données rapportées lors d'études menées aux États-Unis par rapport à celles d'autres régions, la règle proposée a été initialement conçue pour mettre à jour les normes d'acceptation par la FDA des données d'études cliniques menées en dehors des États-Unis.

Les exigences modifiées pour l'acceptation par la FDA des données cliniques recueillies à l'extérieur des États-Unis à l'appui des soumissions de dispositifs médicaux entreront en vigueur le 21 février 2019. À compter de cette date, les données acceptables provenant d'essais sur des dispositifs doivent être collectées conformément à la norme ISO 14155:2011 (principale voie réglementaire reconnue à l'échelle mondiale pour la prise en charge d'un dispositif au moyen d'essais cliniques, tel que mentionné dans la première partie de cette série de blogs). La conformité à la norme ISO 14155 étant déjà requise dans la plupart des pays, les règles finales ne devraient pas poser problème aux fabricants de dispositifs médicaux.

La cohérence des données d'essais cliniques est impérative car les normes réglementaires continuent d'évoluer. De nombreuses normes vont désormais bien au-delà de celles énoncées dans la Déclaration d'Helsinki, le document fondamental qui définit les principes éthiques relatifs à l'expérimentation humaine, dernièrement modifié par l'Association médicale mondiale (WMA) en 2013. Des agences engagées dans le monde entier telles que l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Organisation internationale de normalisation (ISO), la Conférence internationale sur l’harmonisation (ICH) et d’autres organisations continuent de plaider en faveur de l’élaboration de bonnes pratiques cliniques. La règle finale de la FDA sur l’acceptation des informations cliniques devrait permettre d’assurer la cohérence des données d’essais cliniques relatives aux dispositifs médicaux, quel que soit le type d’application ou de soumission.

Le caractère essentiel de la fiabilité des preuves cliniques

L'abondance de preuves cliniques constitue l'élément le plus indispensable à l'approbation de la mise sur le marché d'un dispositif médical, à son utilisation par les professionnels du secteur et à son fonctionnement sécurisé. Cependant, les méthodes de collecte de données cliniques sont aussi diverses que les types de dispositifs eux-mêmes. La tâche est d'autant plus compliquée pour les fabricants d’appareils cherchant à commercialiser des produits aux États-Unis que la quantité de données cliniques à collecter et la taille des études à mener doivent être plus importantes dans ce pays que dans d’autres régions pour se conformer aux exigences de la FDA.

Malgré ces complexités, la collecte de données complètes sur des dispositifs impossibles à obtenir dans d'autres environnements d'investigation clinique présente des avantages :

  • Les essais dits d'excellence ne s'avèrent souvent ni pratiques ni nécessaires pour de nombreux dispositifs médicaux. La FDA collabore donc généralement avec les promoteurs pour adapter la conception des essais à la technologie concernée, à la situation médicale, à la faisabilité de la collecte de données et aux avantages/risques pour les patients affectés.
  • De nombreux dispositifs sont développés pour répondre à des besoins non satisfaits, ce qui signifie qu'un degré d'incertitude plus élevé est souvent admissible. Il s'agit du concept majeur du programme Expedited Access Pathway (EAP) de la FDA, destiné aux dispositifsnovateurs.
  • Des données utilisables existantes peuvent déjà être disponibles auprès d'autres sources.

Pour améliorer la probabilité que les données recueillies lors des essais cliniques soient réellement utiles pour évaluer les besoins des patients, des progrès plus importants sont nécessaires dans le domaine de la participation des patients. La FDA collabore donc avec des groupes de patients et d’autres organisations pour promouvoir l’évaluation des préférences des patients en termes d'avantages et d’acceptabilité des risques liés à de nombreux dispositifs.

Malgré les efforts continus de la FDA pour encourager la conception d'essais robustes, raisonnables et efficaces, davantage de données sur le rapport avantages/risques des dispositifs (comparés aux alternatives disponibles) demeurent nécessaires, de même qu'une compréhension plus approfondie des dispositifs basée sur une exposition accrue des patients. La compilation de preuves aussi sophistiquées peut considérablement retarder l’accès du patient. Il est essentiel que les autres parties prenantes (les communautés de praticiens et l'ensemble de l'industrie) soutiennent ces mesures et fournissent des preuves supplémentaires sous la forme d'essais, d'analyses ou de registres séparés.

La mise en place d'un système mondial d'évaluation des dispositifs médicaux (au moyen d'investissements stratégiques, d'une collaboration internationale ou d'autres mesures catalytiques) pourrait contribuer à garantir que la collecte de données appropriée se poursuit tout au long du cycle de vie d'un appareil, afin d'optimiser le système de santé en permanence. Un mécanisme d'évaluation mondialement reconnu pourrait permettre aux patients et aux praticiens d'être mieux informés sur la meilleure utilisation recommandée des nouvelles technologies pour améliorer la santé et la qualité de vie des patients.  

Adaptation à un environnement clinique dynamique

Les essais cliniques continuent d'opérer une transition de processus agrégés essentiellement basés sur papier à des projets beaucoup plus complexes et sophistiqués sur le plan technologique. Le paysage réglementaire s'adapte progressivement, afin de suivre l'évolution rapide du développement de dispositifs médicaux. Les directives consolidées de bonnes pratiques cliniques E6 (R2) du CIH finalisées en 2016, par exemple, ont été conçues pour faire face à l’ampleur et au coût croissants des essais cliniques de dispositifs médicaux, et pour tenir compte des progrès réalisés en termes de technologies d’enregistrement et de communication de données.

Constituant un autre exemple de réglementation en phase avec le monde en constante évolution des essais cliniques, le programme d'études de faisabilité (EFS) de la FDApermet de tirer le meilleur parti d'études limitées portant sur des appareils en cours de développement. Ce programme a été conçu pour promouvoir les premières études de faisabilité d'appareils aux États-Unis afin d'encourager l'innovation et d'accroître l'accès des patients à des technologies potentiellement bénéfiques. Il offre aux innovateurs, aux sponsors, aux cliniciens et aux équipes de révision des réglementations une voie de collaboration et probablement de stimulation de la flexibilité de la réglementation sans compromettre les mesures de protection des patients.

En règle générale, les études EFS :

  • traitent d'un nombre limité de sujets.
  • influencent les modifications apportées aux dispositifs.
  • permettent d'évaluer la fonctionnalité et la sureté clinique des concepts.

Selon les indications de la FDA, les fabricants de dispositifs médicaux ont soif de programmes innovants comme EFS. L'agence affirme que le nombre d'exemptions relatives aux dispositifs de recherche soumis au programme EFS a plus que doublé au cours de la première année suivant la finalisation du document d'orientation sur l'EFS en 2017. Cette tendance aura un impact considérable sur les petits fabricants, en particulier dans la mesure où environ la moitié des exemptions EFS sont soumises par de petites entreprises qui dépendent des expériences cliniques anticipées pour obtenir des financements.

Approches alternatives aux essais de dispositifs

L'augmentation des coûts et la lenteur des essais cliniques, entre autres facteurs, poussent de nombreux fabricants à explorer de nouvelles approches en matière d'investigations cliniques, et notamment les suivantes :

  • Collaboration avec des organisations de recherche sous contrat tierces offrant une connaissance et une expérience approfondies des enquêtes cliniques sur les dispositifs. Ces organisations se spécialisent souvent dans la mise à profit d'investissements technologiques spécifiques ou de méthodologies uniques, ce qui les rend particulièrement attrayantes pour les fabricants qui cherchent à réorganiser et/ou rationaliser leurs processus les plus exigeants.
  • Réalisations d'enquêtes cliniques en dehors des États-Unis, où les coûts peuvent être considérablement réduites.

La recherche clinique devient de plus en plus essentielle pour évaluer la sécurité et l'efficacité des dispositifs en développement ou déjà sur un marché mondial en plein essor. Sa croissance explosive nécessite de nouvelles façons d'entreprendre les essais cliniques. Le programme EAP de la FDA (qui concerneles appareils innovants)constitue une alternative possible qui reconnaît que, pour certaines nouvelles technologies répondant à des besoins médicaux non satisfaits, un degré d’incertitude plus élevé peut s'avérer acceptable afin d’en accélérer la mise à disposition. Les dispositifs concernés doivent s’appuyer sur les données post-commercialisation pour garantir leur sécurité et leur efficacité, et pour évaluer en détail les risques potentiels qui ne sont pas identifiés dans les évaluations pré-commercialisation.

La conformité va de l'avant

Le secteur des dispositifs médicaux a connu une transformation globale constructive depuis le mandat de la FDA datant de 2013, selon lequel tous les essais de dispositifs doivent être conformes aux bonnes pratiques applicables aux médicaments/produits biologiques. Étant donné que de tels changements réglementaires ont des ramifications mondiales, il est inévitable que les développeurs de dispositifs médicaux soient obligés de mettre l'accent sur leur approche globale.

Le meilleur exemple de prolifération dans le secteur demeure sans doute l’adoption et l’intégration à l’échelle mondiale de la norme ISO 14155. Le Forum international des régulateurs de dispositifs médicaux (IMDRF) indique que les régulateurs d'un nombre croissant de marchés importants (tels que l'UE, le Japon, le Brésil et l'Australie) acceptent des données provenant d'investigations cliniques menées conformément à la norme ISO 14155:2011 ou à des exigences équivalentes.

Pour beaucoup, la reconnaissance de cette norme par la FDA en fait l'ensemble de bonnes pratiques à suivre dans le cadre des essais cliniques pour dispositifs médicaux partout dans le monde. Si la norme est de plus en plus acceptée, il est toutefois essentiel de comprendre qu'il existe des différences entre la norme et les bonnes pratiques auxquelles doivent se soumettre toutes les enquêtes cliniques. Bien que l'ISO 14155:2011 soit plus conforme aux bonnes pratiques que les versions précédentes de la norme, il existe des domaines dans lesquels les exigences de la FDA (basées sur lesdites pratiques) s'avèrent plus strictes que celles énoncées dans l'ISO 14155. De plus, les développeurs doivent être conscients que les autorités de réglementation nationales peuvent imposer des exigences supplémentaires relatives aux essais cliniques allant au-delà de celles énoncées dans la norme ISO 14155. Pour combler toute lacune réglementaire potentielle, de nombreux pays ont adopté les bonnes pratiques en tant que modèle à suivre à la lettre.

Qu'un essai de dispositif soit mené aux États-Unis ou ailleurs, les données en résultant ne seront acceptées par la FDA que si l'approbation de l'Institutional Review Board (IRB) ou de l'International Electrotechnical Commission (IEC) a été obtenue. En outre, la FDA doit être en mesure de vérifier, via un audit, que chaque essai clinique inclut le consentement éclairé de tous les participants.

La FDA encourage les développeurs de dispositifs à discuter des modèles d’étude envisagés avec le processus de pré-soumission de l'agence.Cela permet aux organisations d’affirmer leurs choix en matière de conception d’études et d’identifier des problèmes spécifiques avant de commencer leurs essais.

Le futur des essais cliniques pour dispositifs médicaux

La convergence entre innovation technologique et avantages potentiels pour le patient (comme en témoignent les programmes comme EFS) est en train de devenir le pivot du processus d’approbation réglementaire des dispositifs médicaux. Le fait que la FDA attribue l’augmentation remarquable du nombre de soumissions IDE au programme EFS est révélateur du fait que l’industrie (et le monde entier) a soif de dispositifs médicaux innovants, plus à même d'émerger grâce à la recherche clinique. La question qui se pose maintenant est de savoir si les organismes de réglementation continueront à favoriser la montée en puissance de la flexibilité et de la collaboration, et s'ils accorderont une importance accentuée aux principes avantages-risques.

Pour en savoir plus sur les essais cliniques de dispositifs médicaux et les tendances réglementaires connexes, téléchargez le document source de cet article.
 



James Jardineest spécialiste en marketing et communication chez MasterControl Inc. Titulaire d’une licence en journalisme de l’université d’Utah, il s’intéresse aux sciences de la vie et aux problèmes de réglementation depuis plus de dix ans.